Il y a des vacances où l’on ralentit. Et il y a celles où l’on décide de marcher près de 60 kilomètres en trois jours. Depuis quelques années déjà, j’avais envie de relever le Défi des 5 sommets de Charlevoix. L’idée revenait régulièrement, mais il manquait toujours quelque chose : le temps, le bon moment… et surtout le bon partenaire. Cette année, tout s’est aligné. J’ai donc convaincu mon amoureux, Sébastien, d’embarquer dans l’aventure avec moi. Je vous raconte cette aventure.
Tout d’abord, notre objectif n’était pas de battre des records. Au contraire. Je voulais condenser l’expérience sur trois jours, avec le moins de déplacements et de nuits possible, tout en gardant suffisamment d’espace pour profiter de chacune des montagnes : « Je voulais que ce soit un défi, oui, mais jamais au détriment du plaisir. L’idée était de me dépasser, pas de passer trois jours à souffrir en regardant ma montre. » Nous sommes tous les deux actifs au quotidien. De mon côté, randonnée, course, marche en forêt et yoga font partie de ma routine. Sébastien pratique beaucoup le vélo de route, le vélo de montagne et la randonnée. L’hiver, on ajoute aussi la raquette. On partait donc avec une bonne base. Mais la montagne a toujours sa petite façon de rappeler que tout ne se planifie pas.
Jour 1 : de la pluie, du vent… et un arc-en-ciel
Premier sommet : le sentier du Brûlé, une belle façon de mettre les jambes en marche avant de poursuivre vers le Mont du Lac-des-Cygnes. Même si nous étions encore en été, la météo était déjà très automnale : pluie, vent, fraîcheur… mais aussi quelques éclaircies. Pendant toute la journée, j’ai jonglé avec les couches : short et camisole en montée, puis legging, couche de base et imperméable dès que la température chutait. Ma nouvelle couche de base en mérinos est rapidement devenue un essentiel. Après avoir eu chaud pendant l’effort, enfiler une couche sèche et chaude au sommet faisait toute la différence : « Il faisait chaud en montant, froid dès qu’on arrêtait, il pleuvait, il ventait… on en a vraiment vu de toutes les couleurs. » Et justement, la journée s’est terminée avec un magnifique arc-en-ciel au sommet du Lac-des-Cygnes. Deux sommets complétés, beaucoup de photos déjà… et l’impression d’avoir complètement décroché.
Notre camp de base : L’Ours
Pour dormir, nous avons réservé à la dernière minute le microchalet L’Ours, chez Tanières MicroChalets Charlevoix. Un vrai coup de cœur comme on aime! Presque trois murs vitrés, les oiseaux au réveil, des bleuets sauvages à ajouter dans mes céréales et une galerie parfaite pour quelques poses de yoga avec un matcha bien chaud. Même Romy, le chien sur place, était parfaitement coordonné à ma nouvelle veste polaire de la collection automne-hiver. Seule petite aventure : la toilette chimique, qui a demandé un certain apprivoisement! « Le luxe pendant ce voyage, c’était surtout de se déposer au cœur de la forêt et d’oublier l’heure qu’il était. »
Un vrai petit refuge pour récupérer entre deux journées en montagne.
Jour 2 : la journée audacieuse
Sur papier, je savais déjà que le deuxième jour serait le plus ambitieux. Le Mont à Liguori d’abord.
Puis le Massif. Près de 28 kilomètres dans la même journée.
Après le premier sommet, j’ai compris assez rapidement que j’avais fait une erreur classique : j’avais attendu d’avoir faim pour manger. Mon déjeuner avait été suffisant pour commencer, mais j’avais décidé d’attendre le sommet avant de prendre une vraie collation. Mauvais calcul. Dans une longue randonnée avec beaucoup de dénivelé, attendre d’être vidée avant de donner de l’énergie à son corps, c’est déjà être en retard. Et je l’ai senti. Le Liguori m’a pris plus d’énergie que prévu. Lorsque nous sommes revenus au pied de la montagne, une vraie question s’est posée : est-ce que j’avais réellement envie de repartir pour une deuxième randonnée? Pendant quelques minutes, ma réponse était pas mal proche de non. «Après le Liguori, j’étais vidée. Pour la première fois du séjour, je me suis vraiment demandé si mon idée de faire deux montagnes dans la journée était si réaliste que ça.» La solution? Un bon dîner, généreux et rassasiant. Et, détail essentiel, un café.
Nous avons fait un arrêt au Café du Domaine à Liguori, un petit café-bistro à Petite-Rivière-Saint-François qui mise notamment sur des produits et producteurs locaux.
Après ça, mon discours intérieur avait changé. Je me suis dit : on part. Et si je n’en ai plus envie, je fais demi-tour. Pas de pression. Pas de performance. Juste essayer.
Le Massif : avancer un peu à la fois
J’étais convaincue que notre parcours du Massif serait plus court. Encore aujourd’hui, je ne sais pas exactement où je me suis mélangée dans ma préparation. Mais une fois engagée sur le sentier, combiné à la chaleur et à la fatigue accumulée au Liguori, j’ai réalisé que cette deuxième moitié de journée allait demander un peu plus de volonté que prévu. C’est là qu’avoir le bon partenaire change tout. Sébastien me changeait les idées, me faisait parler, me divertissait. On continuait. Un pas après l’autre. Et éventuellement, la traditionnelle photo au sommet. Ce qui m’a marquée cette journée-là n’est finalement pas d’avoir réussi à compléter les deux randonnées. C’est plutôt d’avoir compris qu’on peut avoir un plan ambitieux tout en s'accordant le droit de le modifier. J’aurais pu rebrousser chemin. Et ça aurait été très correct aussi.
Manger en randonnée : ma leçon du séjour
Après l’épisode du Liguori, inutile de dire que je suis devenue beaucoup plus disciplinée avec mes collations. Dans le sac : des noix, des fruits, des barres tendres protéinées, beaucoup d’eau, yogourt grec, céréales et graines. Ce séjour m’a rappelé une règle toute simple : lors d’un effort prolongé, il vaut mieux manger régulièrement que d’attendre d’avoir faim ou de manquer d’énergie. Parce qu’une fois la panne sèche arrivée, la montagne paraît soudainement beaucoup plus haute.
Jour 3 : changer les plans pour finir en beauté
Pour notre dernière journée, nous avions prévu la Montagne des Taillis. Mais les vacances sont aussi faites pour ça : improviser. Le Mont des Morios est une montagne que nous aimons particulièrement, alors nous avons décidé d’y retourner pour voir le paysage l’été tandis que nous avions vu l’automne seulement. Le parcours est généralement considéré comme difficile. Mais cette fois-ci, quelque chose était différent. C’était notre cinquième sommet. On savait que c’était le dernier. Alors on l’a savouré. Pendant la montée, le tonnerre grondait au loin. Après avoir déjà affronté la pluie sur plusieurs sommets, on s’est dit que celui-ci allait probablement subir le même sort. Puis nous avons observé l’averse contourner complètement la montagne. C’était presque irréel. En haut, nous étions seuls au monde. J’avais eu très chaud pendant la montée, alors changement de vêtements encore une fois : legging long, couche sèche et mérinos. Puis quelques poses de yoga pour dégourdir les jambes. Et surtout… prendre le temps. Pas regarder la montre, et même pas penser à la descente. Juste regarder autour. « Les Morios ont été le sommet qu’on a le plus savouré. C’était le dernier, la pluie nous avait contournés et on avait presque toute la montagne à nous seuls. Je n’avais absolument aucune envie d’aller plus vite. » Une prochaine fois, j’aimerais même y dormir pour assister au lever du soleil. Je pense que ce sommet n’a pas fini de nous voir.
Et entre deux montagnes… Charlevoix
Ce que je retiens de ces trois jours ne se trouve finalement pas uniquement dans mes statistiques AllTrails. Il y a aussi tous les petits détours.
Comme celui jusqu’aux Bonyeuses, à Baie-Saint-Paul, avant de reprendre la route. Un latté pour la route, dans une boulangerie-café qui met en valeur les produits et producteurs du coin.
Les bleuets cueillis en marchant.
Les sommets presque déserts parce que nous étions en vacances en pleine semaine. La carte regardée après coup, en réalisant tout le chemin parcouru entre le Liguori et le Massif.
Les vêtements humides étendus au chalet.
Les photos. Beaucoup, beaucoup de photos. Mon téléphone en était rempli à la fin du séjour.
Mais surtout, trois journées durant lesquelles mon cerveau n’avait plus beaucoup de place pour penser au reste.
Marcher. Manger. Changer de couche.
Regarder le ciel. Trouver le prochain balisage.
Rire avec Sébastien. Repartir.
C’est simple, mais c’est précisément ce qui fait du bien.
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